Paroles Jules Jouy (1895), musique Gustave Goublier (1896)
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Fille d’ouvriers

Pâle ou vermeille, brune ou blonde, bébé mignon, Dans les larmes ça vient au monde, chair à guignon. Ébouriffée, suçant son pouce, jamais lavée, Comme un vrai champignon ça pousse, chair à pavé.

À quinze ans, ça rentre à l’usine, sans éventail, Du matin au soir ça turbine, chair à travail. Fleur des fortifs, ça s’étiole, quand c’est girond, Dans un guet-apens, ça se viole, chair à patron.

Jusque dans la moelle pourrie, rien sous la dent, Alors, ça rentre en brasserie, chair à client. Ça tombe encore : de chute en chute, honteuse, un soir, Pour deux francs, ça fait la culbute, chair à trottoir.

Ça vieillit, et plus bas ça glisse. Un beau matin, Ça va s’inscrire à la police, chair à roussin ; Ou bien, sans carte, ça travaille dans sa maison ; Alors, ça se fout sur la paille, chair à prison.

D’un mal lent souffrant le supplice, vieille et tremblant, Ça va geindre dans un hospice, chair à savant. Enfin, ayant vidé la coupe, bu tout le fiel, Quand c’est crevée, ça se découpe, chair à scalpel.

Patrons, tas d’Héliogabale, d’effroi saisis, Quand vous tomberez sous nos balles, chair à fusils, Pour que chaque chien sur vos trognes pisse à l’écart, Nous leur laisserons vos charognes, chair à Macquart.